Notre vision

NANTES · ENSEMBLE · 2020

NOUS · LA VILLE · LE VIVANT

Nantes : terre d’accueil, ville vivante et vivifiante

« J’ai l’impression que quelque chose qui en vaut la peine peut m’arriver » raconte le surréaliste André Breton lorsque lui revient en mémoire ses excursions nantaises. Cité accessible, aventurière, Nantes donne à qui la traverse cette sensation d’humanité de pénétrer un lieu vivant, en constante évolution. Héritière des traditions d’accueil des villes portuaires de l’ouest, la ville est depuis toujours en contact avec la diversité. Elle en connait la richesse.

Nantes a d’ailleurs fait du mouvement une force caractéristique de sa trajectoire, lui permettant de ne pas rester figée dans son passé, tout en ménageant son identité. Elle a endossé la mémoire de la traite négrière dont la pierre blanche au coin des rues rappelle pourtant son douloureux héritage.

A la fin des années 1980, de nouveaux bâtisseurs ont su transcender la fermeture douloureuse des chantiers navals, l’esthétique « Julesvernienne » s’installant dans les anciens hangars. Outil de renouveau pour une ville industrielle longtemps structurée par son port, la culture a réveillé la belle endormie, l’invitant à participer à un projet unique d’avant-garde. Géants solitaires, fendant l’espace, les grues Titan restent les grands témoins palpables de la mémoire ouvrière de la ville.

C’est d’ailleurs ce sentiment des possibles qui séduit ses nouveaux arrivants : à la recherche de liberté, d’espaces d’expression et de création, usés par les villes figées où tout est joué d’avance, Nantes représente une terre d’accueil pour celles et ceux qui aspirent à penser autrement. Polissonne, Nantes s’amuse au-delà des cadres. Espiègle, elle fraye des chemins et défraie des chroniques.

Capitale verte européenne en 2013, elle doit aussi son succès à son cadre de vie vivifiant qu’on lui jalouse volontiers. Fille d’un héritage maraicher et maritime, bercée par ses fleuves, elle a su préserver l’horizon et les espaces aérés qui nous annoncent l’océan. Son emplacement géographique, en bordure de l’estuaire, ses quais, ses rendez-vous culturels, distillent une sensation de quiétude et d’ouverture au monde.

Modelée par les évolutions, Nantes est surtout capable de transformations rapides. Ainsi est-elle passée en quelques années d’une ville discrète a une métropole de dimension européenne, parmi les villes les plus dynamiques du pays. Cité attrayante et choyée des visiteurs, Nantes est aujourd’hui à la pointe de la création et engagée dans de nombreux réseaux internationaux. Notre ville est regardée, reconnue, et c’est une belle réussite.

Toutefois, si le propre de Nantes est d’évoluer, en s’inscrivant dans les défis des époques qu’elle traverse, force est de constater que, vingt ans après cette belle odyssée, notre ville cherche l’appel d’air. Empêtrée dans une vision du territoire et du progrès façonnée par l’imaginaire des 30 Glorieuses, aujourd’hui caduque, elle s’inquiète pour son identité, et peine à se renouveler à l’aune des enjeux climatiques et écologiques.

Nantes s’essouffle et cherche sa prochaine évolution

Moulée par une logique de développement attractif intensif, lancée dans une course au grandiose et à la renommée – qui concentre les activités et les personnes mais tend à lisser les singularités des territoires et favoriser l’augmentation des inégalités – Nantes se fait rattraper par la norme et devient une grande ville « comme les autres ».

Comment dès lors continuer à cultiver son identité et ses singularités, à faire vivre son âme transgressive, dans la prise en compte de ses territoires voisins et de tous ses habitants ? Si le « pas de côté » figure toujours parmi les symboles de la ville exposés place du Bouffay, est-il toujours moteur d’évolution dans notre ville ?

Nous, écologistes et citoyen.ne.s nantais.e.s, tout en cultivant cette ouverture au monde, nous voulons conserver un attachement sensible au territoire : régénérer l’âme de Nantes, ses singularités, sa diversité, ses transgressions, aujourd’hui bousculées par une homogénéisation croissante des villes.

Loos-en-Gohelle, Grande-Synthe, Ungersheim, Grenoble : plusieurs municipalités – qui ont su muter – nous montrent aujourd’hui la voie : faire autrement, c’est faire écolo. D’autant que le monde a changé et que, à l’heure du défi du dérèglement climatique et des crises écologiques, la nécessité de proposer d’autres façons de faire la ville, de se laisser rêver, explorer, évoluer, n’a jamais été aussi importante pour préparer un futur acceptable aux habitants.

Nantes n’a pas (encore) pris le tournant de l’exigence écologique

Partout, la planète en danger nous rappelle notre condition d’être vulnérable et dépendant de notre biotope. La canicule est là, qui nous étouffe, et la jeunesse qui veut vivre nous met face à nos responsabilités. Continuer dans cette course « no limit », comme le voudrait certains, serait opérer de manière certaine des ruptures irréversibles dans des cycles écologiques vitaux pour l’humanité. Dès lors, pour chaque humaniste, ne devient-il pas primordial de penser la condition écologique, résoudre les problèmes à leurs racines, et s’emparer de la critique d’un progrès et d’une technique dépendants au pétrole et au service d’une consommation purement matérielle ?  

Une liberté n’est pas immuable en soi et elle se mesure toujours au regard des autres. Si l’on reste focalisé bille en tête sur le droit de circulation des avions, par exemple, « on ne voit plus que c’est mon droit à la vie que l’on est en train de cramer en kérosène » dénonce un jeune. Et comment ne pas leur donner raison quand on sait que, ces 25 dernières années, nous avons brulé plus de la moitié de nos hydrocarbures ? Entre développement tout azimut et sécurité écologique/bien-vivre des habitant.e.s (dont la lutte contre le projet d’aéroport à NDDL a cristallisé la ligne de démarcation) il faut désormais choisir où mettre le curseur.

A Nantes, si l’écologie progresse via des actions fécondes – poussées par des collectifs, des habitants, des élu.es écologistes et citoyen.ne.s – trop peu d’exemples structurants ne tranchent pas encore franchement en sa faveur. L’aménagement artificiel de la carrière Miséry, destiné à accueillir un nouveau parc d’attraction sur un morceau de ville sauvage, la mise en place de nouveaux parkings en centre-ville, ouvrant la porte à une utilisation massive de la voiture, la construction heureusement avortée du 2ème stade YelloPark, projet controversé et décidé sans les habitant.e.s, sont autant de gestes qui témoignent de la difficulté pour le logiciel en place de faire le deuil d’une certaine vision du développement, et qui veut continuer comme avant, en décidant par le haut ce qui doit faire briller la ville.

Pour beaucoup d’élu.es, être plus attractif, plus visible, dans une course européenne voire mondiale pour devenir une métropole influente dans la mondialisation est une bonne chose pour le territoire. Sans vouloir remettre en question l’ouverture au monde nécessaire de la ville, il devient délicat de continuer à faire de la concentration économique unipolaire la boussole de la gouvernance municipale.

Cette logique, qui comprend certains avantages, devient difficile à supporter pour les territoires périphériques, mais aussi pour des quartiers au sein même de la ville. Ce n’est plus un secret pour personne : les économies d’échelle de la mondialisation ne profitent pas à tous, favorisant mêmes les inégalités au sein des territoires. Surtout, cette logique fait totalement l’impasse sur le lien étroit qui existe entre ce mode de développement et l’aggravation des risques écologiques, qui agissent pourtant directement sur le quotidien des habitants.

Or, pour peu qu’on ose explorer, pour peu qu’on veuille bien évoluer, il existe d’autres prestiges que le gigantisme. Il existe d’autres moyens de se faire connaitre et d’inspirer le monde, par exemple en construisant une ville d’exemplarité écologique, sociale et démocratique, polycentrique et à taille humaine, qui ose expérimenter d’autres chemins en adéquation avec le vivant et tresseurs de liens de vie entre les hommes.

La bataille culturelle en faveur de l’écologie avance. Nous ne sommes pas si loin de basculer vers une vision où l’être humain reconnait son interdépendance avec le reste du vivant, et donc la nécessité d’en prendre soin. La question des limites de la planète, cet impensé de l’imaginaire des 30 Glorieuses, mis en avant depuis 60 ans par les écologistes, est en passe de faire texture.

L’imaginaire des villes doit aujourd’hui passer à l’étape supérieure, en s’appuyant sur des politiques publiques dont l’écologie est le véritable métronome, c’est-à-dire des politiques publiques à la fois responsables – capables de trancher pour l’écologie et les générations actuelles et futures – et régénératrices – capables d’œuvrer pour prendre soin du vivant et des gens.

Passer le cap de l’éthique et de la compétence écologiste 

Notre projet, notre identité, montent en puissance, ils sont légitimes. Nous pensons que le logiciel écolo est aujourd’hui le mieux à même d’organiser la ville, car il porte en lui une vision du monde plus équilibrée, plus apaisée, plus partagée, et où l’attractivité n’est plus la condition sine qua non de son développement.

Les penseurs de l’écologie politique, dès les années 1960, ont commencé à travailler, promouvoir et mettre en actions (dans les espaces qu’ils occupent) un projet qui s’articule autour de quatre grandes évolutions dans notre rapport au monde et qui, ensembles, forment un mode opératoire efficace pour répondre aux enjeux présents :

  • Plutôt que de continuer à faire comme si nous ne savions pas, comme si une ville pouvait continuer à croitre de manière infinie, nous voulons dire la vérité aux nantais et préparer avec eux, de manière responsable, la sécurité écologique de leurs lieux de vie, en proposant de prendre en compte de façon systématique le climat et les ressources dans l’ensemble des politiques publiques, et tout en veillant à accueillir dignement les nouvelles personnes. Quelle force politique possède cette compétence et cette éthique aujourd’hui, sinon les écologistes ?
  • Plutôt que de se poser en dominants de la nature, de l’utiliser sans pour autant la préserver et la régénérer, nous proposons d’entrer en relation avec elle. Non seulement nous devons la protéger – c’est nous protéger nous[1] mais également l’encourager et nous en inspirer pour construire la ville. La nature a inventé d’habiles stratagèmes pour résoudre des problèmes qui sont aussi les nôtres et sa diversité constitue un modèle de résilience infatigable depuis 4 milliards d’années ;
  • Plutôt que de maintenir une organisation qui concentre les activités et les décisions sur un pôle unique, nous souhaitons que les principes de décentralisation et d’agir citoyen forment l’assise d’une société soutenable : dans l’aménagement du territoire, celui de la ville et de ses quartiers, mais aussi dans le processus démocratique de prise de décision. Mieux vaut s’appuyer sur un maillage polycentrique et une diversité d’agir, certes plus complexes, mais garants des équilibres territoriaux et démocratiques chères à l’écologie ;
  • Enfin, nous ferons vivre le principe d’égalité, en veillant à accompagner dignement les plus fragiles et les minorités et à soutenir de façon équitable tous les quartiers nantais. L’écologie, de par son exigence de respect des équilibres, l’attention première qu’elle confère à ce qu’il y a de plus fragile, mais aussi sa capacité à développer l’autonomie et faire retrouver du pouvoir d’achat est indissociablement sociale. Réconcilier fin du monde et fin du mois ce n’est pas que des mots.

Faisons de Nantes une ville vivace, dans le lien social comme dans le lien avec la nature, « constituée de façon à résister longtemps à ce qui peut compromettre la santé ou la vie ». Ce projet, nous sommes convaincus qu’il peut s’incarner dans l’histoire nantaise, qu’il a désormais toute sa place sur ce territoire, qui peut devenir un creuset de l’expérimentation et de l’action.

Faire de Nantes un terre écologiste qui protège et ouvre des horizons heureux

Si Nantes a eu la force de se transformer si vite, si elle est terre d’accueil et ville vivante, nous sommes persuadés qu’elle peut, encore une fois, évoluer dans le bon sens. Nous faisons le pari que d’ici quelques années ses habitants et ses élu.es auront construit ensemble une trajectoire de valeurs et d’actions adaptée à l’enjeu écologique, à la question sociale, et au renouvellement démocratique.

Alternative aux deux récits en vogue que sont le libéralisme économique « à n’importe quel prix » et le repli xénophobe et identitaire, Nantes peut être ce phare qui éclaire une troisième voie vivifiante et désirable : celle de l’écologie politique et humaniste ancrée dans un territoire de vie équilibré et soutenable.

Le retour de la nature, la réintroduction d’une agriculture saine et paysanne, le développement d’une économie respectueuse des écosystèmes et de proximité, le pari d’une énergie non fossile, la décentralisation du pouvoir, le souci de l’autonomie de tous et le faire ensemble. Notre ville peut devenir une cellule souche d’un nouveau modèle de société qui prenne en compte les limites de la planète et retisse l’envie d’agir entre habitants.

Comme Loos, comme Grande-Synthe, qui se sont réappropriées leur passé minier, industriel, pour en faire une puissance d’action et d’invention, nous pensons que l’identité nantaise – vivante, maritime, fluviale, maraichère, ouvrière, culturelle, transgressive – sonne juste pour contribuer à ce grand chantier. Elle est un espace propice pour expérimenter ce passage vers une société de renaissance écologique.

Car Nantes est une ville qui se bouge et qui ne reste jamais indifférente à ce qui est en train de se passer. Son bouillonnement social marque son souci permanent de la protection de ce que nous avons de plus sensible et de plus fragile. Animée par un mouvement associatif exceptionnel, Nantes sait prendre position contre les grands projets inutiles et se mobiliser avec vigueur lorsque les droits et l’égalité sont bafoués ou pour défendre un accueil humaniste au bout de la longue route de l’exil.

Muter pour ne pas dépérir, aller de l’avant, est un principe du vivant qui anime depuis longtemps notre ville. L’écologie a toujours fait partie de son ADN et ne demande qu’à s’y incarner avec générosité, courage, joie et fierté. Nous en sommes convaincus, retrouver du souffle, redonner de la fierté aux nantais, passe aujourd’hui par une dynamique d’écologie politique et humaniste, qui touche le cœur et l’âme et finit par organiser la vie.

La chaloupe écologiste, longtemps en lisière des exécutifs municipaux et qui propose sa propre version de l’émancipation, ne peut plus se contenter de fermer le convoi, dans l’ombre du navire de tête. Elle doit désormais monter sur le pont et tirer la barre, propulsée par un retour vivifiant du vent du large que Nantes connait si bien.

Une maturité de l’écologie politique et humaniste qui doit s’incarner en responsabilités municipales

En 2014, déjà, nous avions choisi de porter dès le 1er tour un projet résolument écologiste, soutenu par une liste de rassemblement ouverte pour moitié à des citoyen.ne.s engagé.e.s, avec un résultat solide permettant d’obtenir 15 élu.es au conseil municipal. L’écologie politique en était sortie renforcée, ses représentant.e.s plus légitimes dans leur capacité à conduire des politiques publiques.

Depuis 1995 à Nantes, comme dans beaucoup d’autres villes, les écologistes ont participé à des coalitions avec les partis de gauche, dominées par un Parti socialiste aujourd’hui fragilisé. Dans ces majorités, nous avons travaillé loyalement et fait avancer avec énergie et détermination des politiques publiques qui nous ressemblent.

En articulation étroite avec les mobilisations citoyennes et les habitant.e.s des quartiers, nous avions définis trois grandes priorités pour ce mandat : transition écologique, réduction des inégalités et renouvellement démocratique. Minoritaires dans une majorité de gauche, nous avons œuvré dans le cadre de nos délégations et au-delà pour mettre en route le projet écologiste, parfois en bonne entente, parfois avec difficultés.

Si ce discours est désormais repris à l’unisson par les différentes formations politiques, la montée en puissance de l’écologie au sein des politiques publiques, elle, se fait toujours attendre… Pourtant, face aux risques encourus et aux attentes de réponses, notre responsabilité est grande.

La prise de conscience autour des enjeux écologiques s’est amplifiée au sein de la société. La mobilisation des jeunes autour de Greta Thunberg, de l’Affaire du siècle ou des marches pour le climat et qui appelle les dirigeants à plus de maturité, est un formidable encouragement. Plus largement en Europe, les écologistes progressent. La responsabilité de l’heure pour les écologistes est bien là : conquérir et exercer le pouvoir.

Nous appelons donc tous celles et ceux qui se sentent concerné.e.s et qui ont envie de participer à l’évolution écologiste de leur ville à venir rejoindre la dynamique de campagne. Car à Nantes, c’est le moment.  


[1] « Nous sommes la nature qui prend conscience d’elle-même » avait déjà compris le grand géographe français Elysée Reclus.